La préparation mentale est-elle vraiment indispensable ?
Dernière mise à jour : 27 oct.

Le mental, on l’a ou on ne l’a pas. Il suffit de connaître son pourquoi. La préparation mentale, c’est pour ceux qui ont des problèmes.
Ces idées reçues, je les entends régulièrement. Et encore la semaine dernière, lors d'une discussion avec une sportive amatrice, j'ai eu droit à une synthèse assez claire de ce que beaucoup pensent encore de la préparation mentale :
« Je ne comprends pas, maintenant tout le monde fait de la préparation mentale. Le mental, tu l’as ou tu l’as pas. Moi, j’ai pas de casseroles, donc je ne vois pas ce que ça m’apporterait. Il suffit de connaître son “pourquoi”. »
Sa vision était claire et plutôt bien argumentée. Pourtant, elle repose sur plusieurs idées qui méritent d’être questionnées.
Alors, la préparation mentale est-elle vraiment indispensable ?
Faut-il rencontrer des difficultés pour en bénéficier ?
Et surtout, qu’est-ce qu’elle peut apporter concrètement à un sportif amateur ?
Reprenons chaque argument.
1. « Maintenant, tout le monde fait de la préparation mentale »
Tout le monde ? Pas vraiment.
Il est vrai que la préparation mentale occupe une place de plus en plus visible dans le sport. Les athlètes en parlent davantage, les entraîneurs s'y intéressent et la dimension mentale est progressivement intégrée à la réflexion autour de la performance.
Mais entre reconnaître son importance et bénéficier d’un accompagnement, il existe encore un écart important.
En octobre 2025, le ministère des Sports a relayé les résultats d’une étude* sur la préparation mentale : 95 % des athlètes interrogés estimaient que le travail psychologique et/ou mental était important ou indispensable, mais seulement 37 % déclaraient bénéficier d’un accompagnement sur ce sujet.
Autrement dit, même chez les sportifs de haut niveau, qui évoluent dans un environnement où la performance est centrale, l’accompagnement mental n’est pas systématique.
Et ces chiffres concernent le haut niveau. Ils ne permettent pas de mesurer directement la situation des sportifs amateurs, mais ils invitent à s’interroger sur la place accordée à la préparation mentale dans le sport en général.
2. « Le mental, tu l’as ou tu ne l’as pas »
C’est probablement l’idée reçue la plus répandue.
Nous avons parfois tendance à considérer que certaines personnes sont naturellement confiantes, résistantes au stress ou capables de se dépasser, tandis que d’autres seraient simplement moins bien dotées sur le plan mental.
Pourtant, les habiletés mentales peuvent s’apprendre, se développer et s’entraîner.
Comme pour les capacités physiques, nous ne partons pas tous du même point. Notre expérience, notre environnement, notre éducation et nos apprentissages influencent notamment notre manière de réagir face à l’incertitude, à l’échec ou à la pression.
Certaines personnes parviennent facilement à relativiser un mauvais résultat. D’autres ont tendance à ruminer pendant plusieurs jours. Certaines prennent le départ d’une compétition avec confiance, tandis que d’autres doutent de leurs capacités malgré une préparation physique solide.
Cela ne signifie pas que les premières possèdent un mental infaillible et que les secondes en sont dépourvues.
Cela signifie que nous avons tous des ressources mentales, mais aussi des compétences que nous pouvons développer.
Prenons l’exemple de la course à pied : personne, ou presque, ne court un marathon lors de sa première sortie. Il faut progressivement développer son endurance, apprendre à gérer son effort et adapter son entraînement à ses capacités.
Pour les habiletés mentales, la logique est similaire : nous pouvons apprendre à mieux gérer notre stress, à renforcer notre confiance, à maintenir notre concentration ou à réagir différemment face aux difficultés.
Nous ne progressons pas tous au même rythme et les résultats ne sont jamais garantis. Mais le principe reste le même : ce n’est pas parce qu’une compétence n’est pas naturelle qu’elle ne peut pas se développer.
Le mental n'est pas un don réservé à quelques-uns. C'est aussi un ensemble de compétences qui se travaillent.
3. « Je n’ai pas de casseroles, donc je ne vois pas ce que ça m’apporterait »
Cette remarque est intéressante, car elle révèle une autre confusion : celle entre préparation mentale et accompagnement psychologique.
La préparation mentale sportive ne consiste pas uniquement à résoudre un problème ou à dépasser une difficulté. Elle vise aussi à développer des ressources et des compétences utiles à la pratique sportive. La préparation mentale ne traite pas de pathologies mentales.
Il n’est donc pas nécessaire d’avoir vécu un traumatisme, de traverser une période compliquée ou de rencontrer des difficultés psychologiques pour entreprendre ce travail.
On peut être bien dans sa vie, apprécier pleinement son sport et avoir envie de progresser sur le plan mental.
Par exemple :
Apprendre à mieux gérer le stress avant une compétition.
Développer sa confiance en soi et en sa préparation.
Améliorer sa concentration lorsque la fatigue s’installe.
Mieux vivre les contre-performances et les imprévus.
Apprendre à prendre des décisions lorsque la pression augmente.
Préserver le plaisir de pratiquer, même lorsque les objectifs deviennent exigeants.
Autant de sujets qui ne supposent pas d’avoir des « casseroles ».
On n’attend pas d’être en difficulté physique pour s’entraîner. Pourquoi faudrait-il attendre d’être en difficulté mentale ?
4. « Il suffit de connaître son pourquoi »
Connaître son « pourquoi », c’est-à-dire comprendre les raisons pour lesquelles on pratique un sport, est effectivement une bonne base.
Savoir ce qui nous anime permet de donner du sens à nos efforts, de mieux comprendre nos choix et de nourrir notre motivation sur la durée.
Mais connaître son pourquoi ne suffit pas à tout résoudre.
On peut savoir parfaitement pourquoi on prépare un ultra-trail et ressentir malgré tout une forte anxiété à l’approche du départ.
On peut être profondément motivé par son sport et perdre ses moyens au moment d’une compétition importante.
On peut avoir un objectif qui nous tient à cœur et rencontrer des difficultés à maintenir sa concentration lorsque la fatigue s’installe.
On peut même aimer profondément sa discipline et finir par perdre le plaisir de pratiquer sous le poids des attentes que l’on se fixe.
Le sens donné à notre pratique et les habiletés mentales nécessaires pour la vivre sereinement sont deux dimensions complémentaires.
Le « pourquoi » peut contribuer à nourrir la motivation. Mais encore faut-il comprendre ce qui nous motive réellement, ce qui entretient notre engagement et comment cette motivation évolue au fil du temps.
La préparation mentale permet notamment d’explorer ces questions, de mieux comprendre son fonctionnement et de développer des stratégies adaptées à ses besoins.
Elle ne consiste donc pas simplement à trouver une bonne raison de pratiquer. Elle aide aussi à mobiliser ses ressources pour continuer à avancer, y compris lorsque les choses deviennent plus difficiles.
Alors, que peut apporter concrètement la préparation mentale ?
Si je devais résumer, je retiendrais trois grands apports.
1. Entraîner ses habiletés mentales
La préparation mentale est un entraînement des habiletés mentales, au même titre que l’entraînement physique, technique ou tactique vise à développer d’autres composantes de la performance.
Selon les besoins et les objectifs du sportif, ce travail peut concerner la confiance en soi, la concentration, la gestion du stress, la régulation émotionnelle, la motivation ou encore la prise de décision.
L’objectif n’est pas de devenir un sportif qui ne doute jamais, ne ressent jamais de stress ou ne connaît jamais d’échec.
Il s’agit plutôt d’apprendre à mieux comprendre ses réactions et à disposer de ressources pour faire face aux différentes situations rencontrées.
2. Développer des outils concrets et personnalisés
La préparation mentale ne se limite pas à discuter de ses difficultés ou à réfléchir à ses objectifs.
Elle peut s’appuyer sur des outils et des exercices concrets : techniques de respiration, routines de performance, visualisation, travail sur le discours interne, stratégies attentionnelles ou encore préparation aux scénarios difficiles.
Ces outils ne sont pas des recettes universelles. Leur intérêt dépend du sportif, de son objectif et du contexte dans lequel il évolue. Ils nécessitent aussi d’être expérimentés et entraînés pour pouvoir être mobilisés au bon moment.
L’enjeu est de construire progressivement une boîte à outils personnelle, utilisable à l’entraînement comme en compétition.
3. Construire un rapport plus équilibré à son sport
C’est un point qui me semble essentiel, notamment dans le sport amateur.
Nous pratiquons rarement sans attentes. Nous voulons progresser, atteindre un objectif, améliorer un chrono, terminer une course ou nous prouver que nous en sommes capables.
Et c’est très bien ainsi.
Mais lorsque la recherche de performance prend toute la place, elle peut parfois nous éloigner de ce qui nous a initialement donné envie de pratiquer.
La préparation mentale peut aider à mieux comprendre ses motivations, à clarifier ses objectifs et à trouver un équilibre entre exigence, engagement et plaisir.
Car performer ne signifie pas nécessairement faire toujours plus, se mettre davantage de pression ou repousser constamment ses limites.
Cela peut aussi signifier apprendre à mieux se connaître, à mobiliser ses ressources au bon moment et à vivre pleinement sa pratique sportive.
La préparation mentale est-elle vraiment indispensable ?
Ma réponse reste la même : oui et non.
Non, la préparation mentale n’est pas indispensable à tout le monde, en toutes circonstances. Il est tout à fait possible de pratiquer un sport, de prendre du plaisir et de progresser sans bénéficier d’un accompagnement spécifique.
Mais oui, elle peut être utile bien au-delà du sport de haut niveau et des situations de difficulté.
Il n’est pas nécessaire d’être un athlète professionnel, de viser un podium ou de traverser une période compliquée pour avoir envie de développer ses habiletés mentales.
On peut simplement vouloir mieux gérer son stress, gagner en confiance, mieux vivre ses compétitions, retrouver du plaisir ou comprendre ce qui nous pousse à pratiquer.
Au fond, la question n’est peut-être pas de savoir si la préparation mentale est indispensable.
La vraie question est plutôt : qu’est-ce que le travail mental pourrait vous permettre de vivre différemment dans votre sport ?
Et si, comme les capacités physiques, les habiletés mentales méritaient elles aussi une place dans notre entraînement ?
*Etude conjointe du Ministère des Sports, du CNOSF, du CPSF, de l'INSEP et de la Fondation FondaMental (réalisée par Harris Interactive auprès des sportifs de haut niveau en France) publiée en Octobre 2025, se basant sur Paris 2024.Le chiffre monterait à 76% pour les Jeux de Milan Cortina. (Cependant j’estime qu’il y a un biais important car le nombre d’athlètes français sélectionnés est grandement inférieur [571 + 51 remplacants VS 162 + 2 remplaçants)



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