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Avoir du mental dans le sport, c’est aussi savoir renoncer

14 oct.
5 min de lecture

« Ce n’est pas parce que tu peux le faire que tu dois le faire. »

J’ai lu cette phrase ce week-end dans un post de Thibaud Duchosal, et elle m’a particulièrement parlé par sa justesse.

Parce que toi aussi, tu sais que…

  • Tu es capable de skier cette pente raide et pourtant, au fond de toi, l’envie n’est pas là.

  • Tu peux rouler 200 km à vélo ce week-end et pourtant, quelque chose te retient.

  • Tu pourrais courir un marathon, mais tu choisis de ne pas le faire.

  • Tu as le niveau technique pour t’élancer dans cette chute ou ce rapide en eau vive, et pourtant, tu hésites.

  • Tu pourrais être rapide en ultra-trail, mais tu ne prendras pas de dossard cette année.

Les exemples sont nombreux !

Face à ces décisions, les réactions de l’entourage ne sont pas toujours bienveillantes. Ton coach, tes partenaires d’entraînement ou tes amis te lancent parfois :

« Tu n’as pas de mental ! »

Une phrase violente, culpabilisante et, surtout, qui repose sur une vision très réductrice du mental dans le sport.

Car avoir du mental, est-ce vraiment aller au bout de ce dont on est capable ? Ou est-ce aussi savoir prendre la bonne décision au bon moment ?

Avoir du mental, est-ce aller au bout coûte que coûte ?

Dans le sport, nous valorisons le dépassement de soi, la détermination et la capacité à repousser ses limites.

Et c’est bien normal. S’engager dans un objectif ambitieux, accepter l’effort et persévérer malgré les difficultés sont des qualités précieuses.

Mais à force de valoriser celui qui va au bout, nous pouvons finir par oublier une autre compétence essentielle : savoir évaluer une situation et décider si l’on souhaite réellement poursuivre.

Être capable de réaliser une performance ne signifie pas nécessairement qu’il est pertinent de la réaliser.

Avoir le niveau physique et technique pour skier une pente raide ne signifie pas que les conditions sont réunies pour le faire en sécurité.

Être capable de courir un marathon ne signifie pas que l'on doit en courir un.

Avoir le potentiel pour performer en ultra-trail ne signifie pas que l'on doit systématiquement prendre le départ d'une compétition.

Il y a une différence entre ne pas oser faire quelque chose que l'on souhaite profondément réaliser et choisir consciemment de ne pas le faire.

Dans le premier cas, la peur ou le manque de confiance peuvent nous empêcher d'agir malgré notre envie. Dans le second, le renoncement peut être une décision réfléchie, cohérente avec nos besoins, nos envies ou la réalité du moment.

Et ces deux situations ne demandent pas le même travail mental.

Savoir renoncer, c'est aussi savoir s'écouter

Renoncer ne signifie pas nécessairement manquer de détermination. Cela peut aussi témoigner d'une bonne connaissance de soi.

Encore faut-il être capable de faire la différence entre ce que l'on ressent, ce que l'on souhaite et ce que l'on pense devoir faire.

Écouter ses émotions sans les laisser décider à notre place

La peur, le doute, l'appréhension ou la frustration font partie de la pratique sportive.

Le but n'est pas de supprimer ces émotions, mais d'apprendre à les reconnaître et à comprendre ce qu'elles nous indiquent.

Ressentir de la peur ne signifie pas nécessairement qu'il faut renoncer. Mais cela ne signifie pas non plus qu'il faut absolument la dépasser.

Tout dépend du contexte, du niveau de risque, de notre expérience et de ce que nous souhaitons réellement accomplir.

Apprendre à gérer ses émotions, c'est pouvoir les prendre en compte sans leur laisser systématiquement le contrôle.

Reconnaître ses limites et ses besoins

La connaissance de soi est essentielle dans la pratique sportive.

Elle permet notamment de mieux identifier ses ressources, ses besoins et les signaux que notre corps nous envoie.

Fatigue inhabituelle, manque de récupération, tension, appréhension ou perte d'envie : ces signaux méritent d'être considérés plutôt que systématiquement ignorés.

Cela ne signifie pas que chaque inconfort doit conduire à l'abandon. L'entraînement implique parfois de traverser des moments difficiles.

Mais il est important de savoir faire la différence entre un inconfort inhérent à l'effort, une peur que l'on souhaite apprendre à gérer et un signal qui invite à s'arrêter ou à adapter son projet.

Dans certaines situations, notamment lorsque la sécurité est en jeu, renoncer peut être la décision la plus responsable.

Se détacher du regard des autres

C'est probablement l'un des points les plus importants.

Combien de sportifs poursuivent un objectif parce qu'ils ont peur de décevoir leur coach, de perdre la reconnaissance de leurs partenaires ou de donner l'impression de ne pas avoir le niveau ?

Le regard des autres peut devenir un moteur puissant. Mais il peut aussi nous pousser à prendre des décisions qui ne correspondent plus à nos envies ou à nos besoins.

Un ego sain permet de reconnaître ses capacités sans avoir constamment besoin de les démontrer.

La confiance en soi, ce n'est pas seulement croire que l'on est capable de réussir. C'est aussi être suffisamment en confiance pour assumer ses choix, y compris lorsqu'ils ne correspondent pas aux attentes de l'entourage.

Tu n'as pas besoin de prouver tout ce dont tu es capable.

Renoncer, est-ce manquer de mental ?

Non. Pas nécessairement.

Mais il ne s'agit pas non plus d'idéaliser le renoncement.

Parfois, nous abandonnons un projet qui compte réellement pour nous parce que la peur, le doute ou le manque de confiance prennent trop de place. À l'inverse, nous pouvons poursuivre un objectif uniquement pour prouver quelque chose aux autres, alors que nous n'en avons plus vraiment envie.

L'enjeu n'est donc pas de renoncer davantage, ni de toujours persévérer. Il est de comprendre ce qui motive notre décision.

Est-ce un choix qui correspond à nos envies et à nos priorités ? Est-ce une décision adaptée aux conditions du moment ? Ou est-ce une peur que nous aimerions apprendre à dépasser ?

C'est là que le travail mental prend tout son sens : apprendre à mieux se connaître, à comprendre ses réactions et à prendre des décisions plus conscientes.

Avoir du mental, ce n'est pas aller au bout coûte que coûte. C'est aussi savoir mobiliser ses ressources, adapter ses objectifs et assumer ses choix.

La performance ne se résume pas à un chrono, à un classement ou à la difficulté d'un défi relevé. Elle peut aussi résider dans la capacité à prendre une décision lucide, à préserver sa sécurité et à continuer à trouver du plaisir dans sa pratique.

Alors oui, avoir du mental, c'est aussi savoir renoncer.

Parce que tu en es capable ne signifie pas que tu en as envie. Parce que tu as le niveau ne signifie pas que c'est le bon moment. Et parce que les autres pensent que tu devrais le faire ne signifie pas que tu leur dois une performance.

La prochaine fois que tu décides de ne pas y aller, pose-toi simplement cette question :

Est-ce que je renonce parce que je n'ose pas, ou parce que je choisis de ne pas le faire ?

La réponse pourrait bien t'apprendre quelque chose sur toi.

Et c'est aussi ça, entraîner son mental.

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